Chapitre 1 : Les faux miracles et le tremblement de terre de Montréal
Sergio Girotto
Chaque époque de l’homme a ses propres illusions. La réfrigération mécanique est née avec des réfrigérants naturels vers 1850, construits sur les matières premières: ammoniac, dioxyde de soufre et, vers 1890, dioxyde de carbone. C’était un travail honnête et physique.
Mais, comme nous le savons, l’humanité se laisse facilement séduire par des solutions plus simples. Dans les années 1930, les laboratoires synthétisèrent les premiers réfrigérants artificiels, R12 et R11. Ces “molécules miracles” étaient faciles à maîtriser, très efficaces et parfaitement prévisibles. Elles ont relégué les fluides naturels aux domaines rudes de l’industrie lourde, et nous avons vécu confortablement pendant cinquante ans, sans savoir que nos miracles chimiques creusaient silencieusement un trou dans l’atmosphère.
L’industrie moderne de la réfrigération est née sur la base de réfrigérants synthétiques : les CFC (chlorofluorocarbures) et les HCFC (hydro-chlorofluorocarbures). Les deux comportaient du chlore, principal ennemi de l’ozone atmosphérique.
Entre 1990 et 2000, j’étais en première ligne en tant que responsable technique d’une grande entreprise de réfrigération commerciale. J’ai ressenti les secousses d’un tremblement de terre industriel. Les lauréats du prix Nobel Rowland, Molina et Crutzen ont prouvé que le chlore de nos précieux gaz synthétiques creusait la couche d’ozone. Le protocole de Montréal de 1987 frappacomme un marteau. Aujourd’hui, on peut enfin appeler cela un triomphe environnemental, mais à l’époque, c’était une panique totale.
Nous avons réagi dans l’urgence. Nous sommes revenus au R22 (un HCFC), un mal moindre qui n’était pas adapté à toutes les applications, puis les chimistes nous ont proposé des HFC (hydrofluorocarbures), des fluides sans impact d’ozone. Nous pensions avoir trouvé le Saint Graal, mais la Terre ne fait pas de cadeaux et garde une trace de tout.». Les nouveaux fluides, commeR134a et R404A, étaient des gaz à effet de serre monstrueux: libérer un seul kilogramme de R404A, c’était comme faire exploser près de quatre tonnes de CO2 dans l’atmosphère.
En tentant de sauver la couche d’ozone, la question de l’effet de serre et du réchauffement climatique est apparue de manière évidente. Pour mesurer l’impact des fluides, le GWP (Potentiel de Réchauffement Climatique) a été défini. De nouveaux gaz comme R404A ou R134a, bien qu’ils soient « favorables à l’ozone », se sont révélés être des gaz à effet de serre très puissants.
Nos ateliers sont devenus des théâtres de test chaotiques. Pour réduire la charge des gaz synthétiques, de nombreuses entreprises ont essayé la voie des systèmes indirects : un circuit primaire réduit refroidissait un fluide secondaire (eau de glycol) à pomper vers les utilisateurs. L’analyse sur le terrain, cependant, révéla des limites physiques insurmontables :
- Faible efficacité énergétique : les échangeurs intermédiaires et pompes pour liquides visqueux ont augmenté la consommation d’électricité, rendant la production non durable en raison de la basse température.
- Faible fiabilité : L’utilisation de fluides secondaires agressifs (comme l’acétate de potassium) provoquait une corrosion fréquente.
- Coûts: La complexité mécanique rendait les usines plus coûteuses et sujettes à la défaillance.
C’était un labyrinthe atroce : avide d’énergie, sujet à la corrosion causé par des acétates agressifs, et désespérément coûteux. À la fin des années 1990, la prise de conscience est arrivée comme un matin d’hiver rigoureux: nous n’avions pas besoin d’une autre solution temporaire.
Alors que l’Europe du Sud restait ancrée dans les anciens schémas, des nouvelles arrivaient depuis le nord d’Europe concernant l’utilisation du dioxyde de carbone (CO2 ou R744) comme fluide secondaire de changement de phase.
Utiliser le CO2 non pas comme fluide secondaire, mais directement comme primaire, était une idée évidente à ce moment-là. Cela ne serait pas considéré comme une évolution, mais comme une révolution. En 1995, cela signifiait le lancement d’un immense effort industriel : il fallait concevoir des composants qui n’existaient tout simplement pas encore sur le marché.
Le chemin était dégagé ; Nous devions retourner aux origines.

